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Blog de la section Triathlon du Stade français

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Nouveau blog de la section car l'autre n'a pas survécu à la dernière maintenance...!!!

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NATUREMAN 2012

Samedi 6 octobre 2012
TGV pour Aix, direction le Verdon, pour la dernière course de la saison, le Natureman, 1ère édition. Rien de facile, un half ironman, du gros dénivelé au programme. J'aborde cette course comme une récréation plus qu'un objectif. L'état de mon tendon d'Achille droit qui rend incertaine l'issue de la course à pied, la maladie de Mu, mon entrainement sérieux mais loin d'être optimum... Tout cela m'enlève beaucoup de pression. Il y a un an à Aix, j'étais tendu comme un arc à l'idée de ma première épreuve longue distance. Comme le temps passe... Mon premier Iron est passé par là aussi et aucune course ne sera plus jamais comme avant. Attention tout de même à respecter l'épreuve. Ce n'est pas une cyclo de village ! Il faudra mettre de l'envie, de la concentration, de la détermination sans quoi l'expérience s'avérera amère, j'en suis conscient. J'espère que l'odeur de la compétition, qui montera doucement aujourd'hui autour du site de la course et qui culminera demain au moment du départ, suffira à me mettre le mental à l'endroit.
Tendon oblige, moral un peu en berne aussi, je n'ai pas fait un seul entrainement cette semaine, contrairement à l'habitude. Curieux de voir l'impact que cette entorse aux méthodes éprouvées aura sur ma performance. Comme d'habitude une petite troupe du Stade est à la man½uvre, Thomas, Alexandre, Jean-Luc, Laurent, Jean-Hubert. Les bons moments s'annoncent, avant, pendant et après la course. A l'étude du parcours je lance un pronostic : finir en moins de six heures demain sera pour notre brochette de quadras une jolie perf. Nous tombons d'accord là-dessus.

A Aix, la transition vers les voitures de loc se passe sans anicroche : nous aurons au moins réussi celle-là ! Une heure et demie de jolies routes plus tard nous voilà aux Salles sur Verdon. L'auberge des Salles, idéalement située à l'aplomb du départ de la course, à cent mètres de l'arrivée, nous accueille chaleureusement. Les chambres à 60¤ que nous partageons à deux sont correctes ; elles ont une magnifique vue sur le lac et un balcon pour laisser les vélos : que demande le peuple ?! Le check in course est ensuite d'une facilité et d'une rapidité reposante : nous sommes loin de la grosse machine Ironman ! Le soleil brille, le site est magnifique. Le moral est au beau fixe. Il nous reste à bouffer des pâtes, à faire quelques petits tours de roues pour tester le bon fonctionnement des machines maintenant remontées et à reposer les jambes. Un programme exigeant en somme ! Le wifi de l'hôtel fonctionne au poil et je me fais un Skype enthousiaste avec ma fillette qui adore découvrir mon marquage de bétail sur le mollet et sur l'épaule, un beau 421 tamponné si énergiquement que je parie qu'il mettra du temps à s'effacer ! J'en suis fier comme un môme !


NATUREMAN 2012


Dimanche 7 octobre
Course à pied, kilomètre sept. Les terribles crampes du premier kilomètre sont évacuées. Trois gels avalés presque coup sur coup en ont eu raison. Le chemin est inégal, pierreux, parsemé d'ornières mais ma foulée jusque là a été presque confortable. Depuis le début de ma préparation, mi août, j'ai couru quatre fois en tout et pour tout ; je sais que je n'ai pas vingt kilomètres dans les jambes à un rythme ambitieux. Alors je me modère. Le temps est beau, pas trop chaud, d'autant qu'une grande partie du parcours se situe en sous-bois en retrait du lac de Sainte Croix. Chaque tri a son histoire, ses grands moments, ses descentes aux enfers. Les quarante derniers kilomètres de vélo ont été mon nirvana du jour. On dirait que s'annonce maintenant le moment de payer ses dettes. Mon Achille droit m'a gêné dès les premières foulées sur ce sol inégal qui le met au supplice. Je me suis menti quelques kilomètres mais inutile de se raconter plus d'histoire : la gène se transforme en douleur, de plus en plus mordante à chaque impact. Et j'en termine seulement avec le premier tiers du parcours... Ce n'est pas gagné. Je serre les dents. Je sais faire. On ne fait pas du tri sans avoir passé une sorte de pacte avec la douleur, surtout sur longue distance. Sans forcer, je continue pourtant à avaler concurrent sur concurrent. Il faut dire que le parcours est comme qui dirait sélectif ; beaucoup sont au ralenti, certains se sont déjà repliés sur la marche. Voir la souffrance des autres aide à tenir la sienne en respect, alors j'avance. Kilomètre dix. La douleur qui monte à l'Achille gauche cette fois depuis plusieurs minutes devient cuisante et m'oblige à m'arrêter car j'en devine la cause. Je retire les talonnettes que j'avais glissées dans les running pour raccourcir la course du tendon droit et l'économiser. En remontant le niveau du pied dans les chaussures elles ont provoqué, à gauche, un frottement qui a fini par me mettre l'épiderme en sang ! Ca à l'air superficiel ; je repars, soulagé à gauche, mais toujours plus meurtri à droite. Le parcours est terrible, le plus difficile que j'ai eu à affronter en tri, et de loin. Certains passages à 30 ou 40% se prennent au pas, les mains sur les genoux. Epingles à cheveux, descentes rocailleuses, dévers, rien ne nous est épargné. Quand un petit morceau d'asphalte se présente je réalise que les jambes sont plutôt d'humeur joyeuse mais très vite un chemin cabossé vient doucher leur enthousiasme. Le tendon brûle. Evidemment il faudrait en rester là, abandonner, prendre ses pertes, se retirer de la table de jeu tant que les dommages sont raisonnables. Evidemment je n'en ferai rien. Je pense à Mu et au combat qu'elle commence. Qu'est-ce que cette heure de souffrance à coté de la bagarre d'une vie ? Qui suis-je pour oser parler de souffrance ? Qu'ai-je vécu ? Non, la souffrance, la douleur, les vraies, ne sont pas celles que l'on choisi de s'infliger une tenue de sport sur le dos. Alors je vais m'accrocher, pour moi, pour elle, pour une certaine idée que je me fais de la volonté, de l'harmonie du grand tout où tout serait connecté, mon petit challenge et son grand combat. Je vais m'accrocher en pensant naïvement que la force dont je fais preuve ainsi est une force qui arrivera jusqu'à elle. C'est un message que j'envoie au destin : nous tomberons, oui, sans doute, mais pas tout de suite. Et quand cela se produira, ce sera les armes à la main. Alors je cours, sans penser qu'il puisse en être autrement, sans penser qu'il y aura une fin à cette course, hypnotisé par la cadence de mes pas sur le sol. Je cours en me disant que c'est pour hier, aujourd'hui et demain réunis. Alors que je ne les regarde plus, les kilomètres défilent, certains paresseux, d'autres avec entrain. Je jette parfois un ½il en arrière pour voir si mes copains du Stade, dépassés sur la fin du vélo, ne reviennent pas sur mes talons. Thomas et Laurent notamment, croisés un peu plus tôt, semblaient s'être refaits ; ils avaient une belle foulée. Je n'exclue pas qu'ils m'avalent sur la fin. Cette idée me pousse à relancer. La compétition est ce qu'elle est : on a beau faire la course pour soi, les copains nous pousseront toujours plus loin !



Pour éloigner la douleur je me rejoue la course. Le réveil à six heures quarante cinq, le petit déj tous ensemble, la portion de Gatosport plus étouffante que jamais, la minutieuse préparation des dernières heures, détail après détail. Puis, la descente vers le lac, le premier contact avec l'eau à l'échauffement, pas tout à fait tiède, pas complètement fraiche non plus, agréable après quelques minutes. Et le départ qui rapplique, à 9h30 tapante. Le bonnet bleu vissé sur le crâne, je m'élance comme sept cent autres enragés ! Go ! Go ! Go ! J'ai l'impression que nous sautons en parachute ! La nat, tout de suite est mauvaise, très mauvaise. Les trois cent premiers mètres, pataugés littéralement, étouffés dans la combi sont pénibles. Puis le rythme s'installe mais la fluidité ne vient pas. Un mal de dos pernicieux n'arrange rien à l'affaire. Le site est splendide pourtant sous le soleil qui peu à peu se lève au-dessus des crêtes. Les montagnes autour émergent de la brume, deux montgolfières dérivent paresseusement au dessus de nos têtes, l'eau du lac est d'un calme absolu, scandaleusement transparente ; elle a un agréable goût de pierres roulées. Mais cet assaut de jolies choses ne me fait pas nager plus vite! Je sors de l'eau en 41minutes, 517ème temps. J'ai parcouru les deux kilomètres sur un rythme inférieur aux quatre kilomètres niçois en juin ! Beurk ! Sans surprise les vélos des copains ont disparu du parc. Re beurk !

NATUREMAN 2012

Une fois en selle, les premières sensations sont moyennes. Pas le temps de gamberger : la première ascension du jour se pointe après trois bornes. Me voilà parti pour une petite dizaine de kilomètres de montée, vers Aiguine. Je me les coltine au train, un peu essoré par ma nat laborieuse. Je reviens sur quelques concurrents au fil des kilomètres ; d'autres me dépassent, énervants de facilité. Je sens mes pulsations prêtes à décoller alors je grimpe sans autre ambition que celle de ménager l'organisme en attendant des heures meilleures. L'ascension est difficile ; je passe trop de temps debout sur le vélo. Ça n'annonce rien de bon.


NATUREMAN 2012

Le paysage sous le soleil du matin est à couper le souffle : le lac turquoise en contrebas, les pics calcaires autour, les villages plus charmants les uns que les autres. Unique. J'aimerais distinguer, quelques lacets plus haut, un maillot rouge et bleu du Stade mais rien de rien. Je me sens un peu seul. La claque prise en nat me reste en travers de la gorge. J'ai l'enthousiasme en berne. Fin de la première difficulté ; toujours ça de fait. La descente est splendide, revêtement impeccable, virages larges. J'y dépasse les soixante km/h sans prendre de gros risques. Je commence à sourire, grisé par la vitesse sans doute. Je fais bien d'en profiter car après quelques kilomètres sans saveur arrive le morceau de choix, objet de nos fantasmes depuis plusieurs jours : « l'Enfer du sud », une ascension de deux kilomètres, raide comme la justice, qui pointe à 16% ! Kilomètre trente huit, Moustier Ste Marie, nous quittons donc la départementale 952 pour une improbable route communale : c'est parti ! On nous promet l'enfer, la promesse est tenue ! Tout de suite, debout sur la machine, je m'arrache, coup de pédale après coup de pédale. Sur certaines portions mon compteur tombe à 7km/h ! Il ne dépassera jamais les 9 ! Pour la première fois dans ma courte carrière de cycliste, j'envisage de mettre pied à terre ! Inutile de penser à gérer, à s'économiser, non. Chaque coup de pédale demande le maximum, le poids du corps tout entier balancé à droite, puis à gauche, le quadri bandé pour descendre la pédale, le mollet et les ischios à fond de puissance pour la remonter de l'autre coté, effort impitoyable, et encore et encore. Drôle de combat fait de violence au ralenti ! Je regrette le triple plateaux de ma première monture il y a trois ans déjà. Le double plateaux, même en 34 devant et en 28 derrière, est cruel pour mes quadri de moineau ! Les trajectoires sont incertaines, certains zigzagants dangereusement alors que des voitures descendent en face sur cette portion de route non fermée à la circulation : il vaut mieux rester concentré. Étonnamment, quelques-uns montent plus lentement que moi encore, à six, cinq km/h peut-être ! Du délire ! Un lacet ici ou là permet de poser deux secondes le cul sur la selle, répit infime que je savoure pourtant comme s'il s'agissait d'une après-midi sur une chaise longue ! « Sommet dans 500 mètres », annonce un panneau. Ouf, je sais que j'irai en haut maintenant et la difficulté du coup se fait moins tranchante. Les sous-bois s'éclaircissent, un dernier raidillon et nous débouchons sur un immense plateau : le sommet ! J'en ponctue le passage d'un « whaou ! » sonore qui fait sursauter le bénévole de service !
Le parcours qui s'ouvre devant moi est roulant sur une quinzaine de kilomètres. L'intensité de la montée précédente m'a enfin mis dans la course. Rien de tel qu'une belle bagarre pour se remettre la tête à l'endroit ! Mon corps a compris le signal car au lieu de me sentir entamé, j'ai les jambes pour envoyer. Trente cinq, quarante, quarante cinq à l'heure : bien calé sur les prolongateurs, je vole ! Happés par mon nouvel appétit les kilomètres défilent ! Plaisir supplémentaire, je double, je double, je double. A ce rythme, l'espoir de revoir un maillot du Stade avant le buffet d'après course renait ! Montée vers Baudinard maintenant. Magique, les jambes tournent toutes seules. Les coquines m'avaient caché leur jeu ! Je dépose mes camarades d'ascension avec tant de désinvolture qu'ils doivent me croire chargé comme un texan rescapé du cancer ! Sur cette portion nous croisons des concurrents qui redescendent après avoir fait demi tour au sommet. Peu avant le sommet justement, voilà que je croise les Stadistes ! Dans l'ordre, Jean-Hubert passe en trombe, tout juste suivi de Jean-Luc. Puis c'est au tour de Laurent, Thomas et enfin Alexandre. L'écart n'est pas énorme. Je suis revenu dans la course les copains ! Là haut mon moral est à bloc et je me lance avec envie dans une descente un peu déraisonnable. Kilomètre soixante dix, dernière ascension, plutôt un long faux plat assez prononcé. Je suis bien ; sans tirer sur le cardio je continue ma remontée. Enfin, deux cent mètres devant, un maillot du Stade se profile ! Il s'agit d'Alex semble-t-il, ramassé sur sa machine. Je reviens sur lui au train. Nous échangeons quelques mots et je repars à l'attaque. Je passe Thomas un peu plus loin qui a la gueule de travers, pas bien du tout semble-t-il. Quelques centaines de mètres plus loin, voilà Laurent qui parait lui aussi à la peine. J'ai les jambes alors j'enchaine. Pourquoi se priver d'une folie qui sourie ? Me voilà en haut de la dernière montée sans avoir eu le temps de souffrir. Etonnant ! Sans doute un effet retour de ma prépa Iron du printemps dernier. Sur le long plat face au vent qui termine le parcours je reste en dedans. Jean-Hubert est trop loin devant ; plus personne à aller chercher ; la course est encore longue. Cinq kilomètres de descente terminent la chevauchée durant lesquels je m'applique à faire tourner les jambes pour préparer la cap. Dernier kilomètre. Voilà Jean-Luc à mes cotés. Je l'avais oublié ! Je l'ai doublé sans le voir un peu plus tôt et il est revenu ! Nous entrons ensemble au parc à vélo avec 92km au compteur. Voilà un parcours vélo pas bégueule sur la distance ! 3h14 pour tout ça, c'est plutôt pas mal. 378ème temps, c'est correct.


Mais ça c'était avant, quand tout allait encore bien. Maintenant il y a une course à finir, à pied, dans la douleur.
J'avale un sixième gel, un septième même. Mon estomac tient le choc. Je suis doué pour bouffer ; mon seul talent de triathlète ! J'attaque le second tour, plus court que le second ; cinq kilomètres à tenir. La cote dans la forêt pour remonter vers le village est terrible, sinueuse, parsemée de marches inégales. Je la gravis en marchant, comme mes camarades d'infortune. Le morceau de bitume qui mène ensuite vers l'arrivée est plus accueillant. Mais, quand les finishers prennent à gauche, cent mètres avant la ligne, je repars pour un tour, à droite. Nouvelle descente casse gueule sur les cailloux donc, avec une belle épingle à cheveux, tout en bas, qui donne envie de finir droit dans le lac ! Je m'abstiens, négocie le virage au ralenti et je relance en trottinant. Trois K avant l'arrivée, dernier ravito, dernier gel, quelques pas, deux gorgées d'eau, le reste du gobelet versé sur le crâne, c'est frais, c'est bon. La tentation de marcher est plus forte que jamais ; j'y résiste pour je ne sais quelle raison. Absurde. Pour une fois je ne suis pas dans l'émotion ; la douleur au tendon a tué le plaisir. Je ne suis plus que détermination, un bloc de volonté qui refuse de penser. L'ultime ascension de la colline n'est supportable que parce c'est la dernière et que je le sais. Je l'effectue en marchant bien sûr, sans oser regarder plus haut que le morceau de terre où je poserai mon prochain pas ; qui imaginerait courir ici ?

NATUREMAN 2012

Malgré la fatigue, ma lucidité reste intacte. Je perçois même la réalité avec une acuité décuplée : le souffle rauque d'un concurrent en contrebas, les encouragements que prodigue une jeune femme plus haut à un certain Vincent, une feuille en avance sur l'automne qui tourbillonne jusqu'au sol, un filet d'air qui murmure à mes oreilles un soupçon de réconfort. Le monde est là, si présent, et je le regarde de loin pourtant. Le sentiment est étrange. Le plat enfin, le bitume enfin pour en finir ; cinq cent mètres enfin de délivrance ; j'accélère, je libère une foulée qui ne demande que ça. C'est bon ! Je me permets de finir en trombe. C'est encore meilleur ! 1h53, 273ème sur la cap, c'est inespéré au vu des conditions. 5h55, 347éme au total, c'est là aussi ce que je pouvais attendre de mieux.
Je franchi la ligne plus soulagé que content, pas vraiment épuisé, juste heureux d'arrêter de martyriser ce foutu tendon d'Achille. Laurent arrive une petite minute derrière ; deux kilomètres de plus et il me reprenait. Thomas ensuite rate les six heures d'un cheveu. Livide, il s'allonge à même le sol, quelques mètres après la ligne sans même avoir le courage de pousser jusqu'au ravito. Quand il se relèvera, quelques minutes plus tard, ce sera pour se traîner jusqu'à la tente des pompiers et se faire mettre sous perf. Allongé sur un lit de camp, une piquouse dans le bras, une jolie couverture de survie en travers de la trifonction, il est mignon tout plein ! Rien d'autre au bout du compte qu'une petite chute de tension qui passera en quelques minutes. Je croise Jean-Hubert qui rayonne. Il a terminé sur une grosse cap et boucle l'épreuve en moins de 5h45, chapeau ! Voilà Alex qui rapplique à son tour; il en termine avec son premier half, fier comme un pape, rincé par la cap, lui aussi ! Et Jean-Luc peu après qui a calé à pied, lui aussi l'Achille réduit en compote par ces foutus chemins de traverse ! Sans blague ! Zamorra, le dernier roi d'Embrun, a gagné l'épreuve en 4h15 apprenons-nous. La perf relativise nos exploits mais on s'en fout un peu, non ?

NATUREMAN 2012

Voilà, la saison est bouclée ! Trois courses seulement cet été, mais quelles courses ! Calvi d'abord, le championnat de France LD, sa nat interminable, le vent du diable sur sa merveilleuse corniche, mon finish enflammé et déraisonnable. Nice ensuite, le souvenir d'une vie, rien de plus, rien de moins. Et puis ce sacré Naturman pour finir en beauté, au sens propre tant nous avons bouffé du grandiose toute la journée ! Le tri est une aventure qui se paie cher ; le tri est une épopée qui se vit fort. C'est un voyage d'Ulysse aux confins de soi-même, terrible est magnifique. J'ai tatoué en quelques mois cette vérité dans mes fibres, dans mon c½ur. Maintenant c'est coupure, maintenant c'est repos ! Et après ? Un autre tour de manège ?
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#Posté le lundi 15 octobre 2012 10:58

Les filles montent en D1 de duathlon pour la saison prochaine!!

Les filles montent en D1 de duathlon pour la saison prochaine!!

A metz le 29 juillet avait lieu le cutt off pour l'équipe fille:
A savoir, pour monter en D1 de duathlon, il fallait se trouver dans les 2 premières équipes de cette finale...
Une formalité? les autres années peut être mais cette année 2 club avaient les dents longues et avaient mis les moyens sur la ligne de départ:
Les Lyons de Saint MArcel et Val de Gray annoncés ultra favoris au départ....
Les filles grâce à la 2ème place de Louise, la 4ème de Cess et la 17ème de Nad termine 2ème, 2 petit point devant le Val de Gray!!
Natalia qui termine juste derrirèe Nad complétait l'équipe de choc du jour,
RDV mesdemoiselles l'an prochain sur le circuit avec les pros!!!
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#Posté le mercredi 08 août 2012 11:22

Un lien pour rêver un peu ... ou se faire peur!!

http://anthony-anne.blogspot.fr/2012/08/altriman-7-juillet-2012.html

L'an dernier Pierre mettait au défi Anthony d'enchainer le LD de l'Alpes et L'Embrunman,
cette année, c'est Nice et l'Altriman, rien que ça que l'homme a enchainé...
RESPECT, mais quand même ça fait peur!!
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#Posté le mercredi 08 août 2012 11:18

Un peu d'acide lactique après les perfs sur longues distances!!

Ce week end aviat lieu les demi finale D3 homme en tri et du, et femme en tri à Anger


Un peu d'acide lactique après les perfs sur longues distances!!
Pour léquipe fille sur la demi finale de triathlon D3:
Sur 22 clubs au départ les filles prennet une très belle 3ème place, grace à un tir groupé:
Louiise 9ème, NAd 12ème, Cécile 26ème, NAtalia assure une grosse course en terminant juste derrière
Une qualification assurée pour la finale D3 qui aura lieu le 9 septembre à Betton

Un peu d'acide lactique après les perfs sur longues distances!!

Les hommes terminent quand à eux 22ème sur 32 clubs au départ,
du mieux par rapport à l'an dernier mais il faudra encore s'améliorer pour espérer accéder à la finale l'an prochain...
la meilleure place est à mettre à l'actif de MArco qui terminent 42ème de la course

Un peu d'acide lactique après les perfs sur longues distances!!

En duathlon, les Hommes ont assurés:
IL terminent grâce à un joli tir groupé également 5ème de la course (sur 17 club au départ)
Benoit Biger, leader du jour termine 9ème de la course.

Un peu d'acide lactique après les perfs sur longues distances!!

RDV la semaine prochaine pour la finale D3 homme de duathlon donc à MEtz et la finale D2 filles de duathlon le même jour
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#Posté le mardi 24 juillet 2012 05:06

RR Christophe B à Nice

Me voilà Ironman donc, à Nice, le 24 juin 2012. Le mur est tombé. Pas tout seul non, pas comme un fruit mûr, non. Mais il est tombé. Douze heures de course ont suffit pour accrocher le scalp du monstre à ma ceinture. Il y a trente mois je commençais le tri ; le triathlon de Paris allait passer sous mes fenêtres au pied de la Tour Eiffel pour la première fois, j'avais du temps libre à en pleurer, ma vie avait besoin d'un bon coup de pied au cul. L'Ironman n'était pas un objectif, ce n'était pas une éventualité, ce n'était même pas un rêve. Rêve-t-on de marcher sur la lune ? Sans oxygène en plus ? Moi non, qui n'ait toujours eu que des rêves ennuyeux, bêtement à ma portée.
Et voilà qu'en douze heures zéro zéro d'effort enthousiaste, joyeux, difficile, douloureux et pour finir terrible je franchi cette ligne en FINISHER. Je sanglote de joie, de douleur, d'épuisement, de tension enfin libérée, celle de la course qui accepte mal le relâchement mental, celle de l'avant-course et de ses milles détails, celle plus subtile de la préparation, huit mois durant. Ai-je passé un seul jour depuis six mois sans penser à CE jour ? Non, bien sûr.
Finisher donc d'un truc invraisemblable. Pas invraisemblable en général, non. J'avais bien conscience que des gars hors normes puissent réussir cela. Non, invraisemblable pour MOI. La croyance était forte, ancrée dans ma vision du monde. La terre était ronde, l'Ironman était pour d'autres, des extra-terrestres égarés sous nos cieux. Je n'en démordrai pas.
Et puis, il y eu un récit. Une histoire simple, captivante, excitante, effrayante et drôle. Je ne l'ai pas compris sur le coup mais Renaud venait de m'inoculer le virus. C'était au stage Stade Français du printemps 2011. Nous trainions à table un soir, petit groupe d'attardés nous empiffrant de desserts après les efforts d'une journée bien remplie quand Renaud démarra son récit, celui de son Ironman, Roth, quelques années auparavant : la cote du Greding au milieu d'une foule en délire, l'enthousiasme contagieux des bénévoles, la sueur, les larmes, l'abandon qui tend les bras, le dépassement, l'arrivée enfin, l'euphorie qui succède à l'épuisement. Le conteur avait du talent, ses exagérations étaient criantes de vérité, son enthousiasme communicatif, et surtout, son récit qui ne ramenait rien à lui, à ses qualités sportives, à ses qualités mentales, entrouvrait la porte à la normalité. C'était beau, c'était terrible certes mais cela semblait accessible. Je pouvais me mettre à rêver. J'étais foutu. Merci Renaud.
« Anything is possible », slogan de l'IM. C'est simpliste, c'est con, c'est américain. Et si c'était vrai ? Et si je pouvais vivre heureux sans ma petite fille à mes cotés ? Et si une femme pouvait de nouveau m'émouvoir plus longtemps qu'un instant ? Et si je pouvais réinventer ma vie, devenir autre chose tout en restant moi-même ? Et si la mort n'existait pas ? Nos croyances nous aident à vivre au quotidien ; elles nous empêchent de voir demain. Si peu de choses sont écrites... L'épreuve de natation dimanche par exemple s'annonçait un cauchemar avec ses 2500 partants de concert, en mer qui plus est. L'eau n'est pas mon élément, depuis la petite enfance et ce con de maître nageur qui avec sa grande perche m'enfonçait sous l'eau à la piscine au lieu de m'en sortir. Et ces départs de triathlons, presque tous à l'avenant depuis deux ans, le stress, la panique, la nage en vrac, une boucherie dont je sortais étonné d'être encore là pour en parler. Dimanche, j'ai choisi une autre voie, une voie décidée après Calvi et son bain amer et bouillonnant. Plusieurs semaines à chasser le pire en visualisant le meilleur, à m'imaginer le plaisir de la glisse, la joie de s'étirer sur l'eau presque paresseusement, la douce sensation de flotter sans effort, porté par la combi. Plusieurs semaines à me répéter que les coups allaient pleuvoir mais que cela faisait parti d'un jeu un peu fou fou, une sorte d'immense surprise party en mer où l'on se bouscule joyeusement. Je me préparais à perdre mon cap et à trouver ça drôle, je me tenais prêt à replacer mes lunettes dix fois s'il le fallait et à en profiter pour admirer la baie, je me préparais à boire la tasse et à aimer le goût du sel ! Bref, j'avais décidé d'être quelqu'un d'autre... et c'est ce que je fus !

RR Christophe B à Nice

Figure 1 Stéphane, Pierre, ma pomme, Ben, Nicolas, Jean-Loup, Laurent et Didier devant
6h30 du matin donc. Les pros viennent de partir, c'est à nous bientôt de nous élancer. Après deux jours de légèreté surprenante, le stress m'a sauté à la gorge dès 4h15 du matin, à la sonnerie du réveil. Il ne m'a pas lâché depuis, un sale truc, palpable, gluant, puant la peur et l'échec. Mais là, sur la plage, depuis quelques minutes, l'excitation a pris le dessus. J'ai envie d'y aller, j'ai envie d'en découdre, j'ai envie de NAGER ! Il fait 22 degrés déjà, la mer est à 23, la houle quasi absente, les conditions sont parfaites. Malgré la cohue des 2500 concurrents, une bonne dizaine de visages familiers m'entoure, la petite famille du Stade, Didier bien sûr, comme à notre toute première course, Lolo, Laurent, Jean-Loup, Cécile et Antoine, Nicolas, Pierre, Renaud, Stéphane, j'en oublie. Une petite tape avec l'un, un clin d'½il avec l'autre, un sourire partagé, une plaisanterie foireuse : nous sommes seuls mais nous sommes ensembles. C'est bien. Le speaker chauffe la foule dernière nous sur la promenade des anglais, la 'Prom' comme ils disent ici. L'incontournable « Tonight's gonna be a good night » nous est servi à fond, normal. J'avale une dernière gorgée de boisson d'attente et voilà que la foule des bonnets bleus se met en mouvement. Je n'ai rien entendu mais le départ est lancé. Je suis ! J'en suis ! De cette folle aventure ! YES !





La première boucle fait 2,4km. Une bouée à aller chercher là-bas au diable, droit devant, puis cap à droite et retour. Simple a priori. Je me jette à l'eau au milieu du paquet et, surprise, malgré la bagarre, je me sens bien, dès les premiers mètres, la respiration posée, le geste souple, l'esprit clair. L'eau est bonne, l'effort lent et régulier m'hypnotise. Gooood ! Je naaaage. Je me réveille à la première bouée. Déjà tiens !? Et pour cause car le ban de poissons écervelés dans lequel je fraie a viré à gauche, comme un seul homme, sur la bouée de la seconde boucle ! Un bon deux cents mètres de perdus. Ça ne m'affole pas mais me renforce dans l'idée de prendre le temps de repérer le cap.
Fin de la première boucle. Je sors de l'eau, pas entamé, serein. Je jette un ½il à mon chrono, persuadé d'être bien parti, mais celui-ci s'est arrêté à la 26ème minute, percuté par le poing, le coude, le genou ou le talon d'un de mes envahissants voisins. Tant pis. Je replonge avec plaisir. Moins de monde bien sûr maintenant que le troupeau s'est allongé. Je me concentre sur ma nage : aller chercher loin devant, sortir bien derrière, sentir les appuis ; j'accélère même un peu tout en restant facile. C'est cooooool ! Je jubile. Facile tout ça. Et voilà l'arrivée d'ailleurs. Je n'ai pas vu le temps passer, c'est un départ idéal. 1h14mn34s. J'ai nagé dix secondes au cent mètres plus vite qu'à Calvi le mois dernier (1mn57 vs 2mn07) et je sors en milieu de peloton plutôt que dans le dernier quart ! Un gouffre ! Le mental décidément, le mental... Je m'attarde quelques secondes sous les douches disposées en enfilade sur la plage et je trottine en rigolant vers la T1, positivement content de moi ! Je récupère mon sac « bike », sors de ma combi et m'habille de pied en cap ; j'ai décidé de ne pas utiliser de trifonction et de me changer à chaque transition, question de confort. Comme d'hab je m'emmêle les crayons mais me voilà fin prêt. Je trouve mon vélo là où il doit être, ça change de la dernière fois, et me voilà parti ! Plus de dix minutes tout de même. J'ai un peu enfilé des perles mais l'essentiel n'est pas là.

RR Christophe B à Nice

La confiance est au beau fixe. Ce vélo, j'en fais mon affaire. J'ai reconnu le parcours en 6h25 il y a deux semaines, ses 177km, ses 1800 mètres de dénivelé positif, son coup de cul initial à 10%, la Condamine, sèche et courte comme une trique, son ascension du col de l'Ecre, 20 km sans pause d'une pente presque douce, ses descentes vertigineuses du dernier tiers, son ultime tronçon contre le vent. Plus impressionnant que méchant tout ça pour un gars qui a près de 10 000km d'entrainement dans les jambes depuis 6 mois. Je démarre tempo, au rythme de la reco me semble-t-il, peut-être un peu plus vite. Seule surprise, le cardio tourne à 135 contre 125 deux semaines plus tôt. Bizarre mais bon... Le poids de la course sans doute... Le souffle, les jambes, le mental sont au rendez-vous alors pas d'inquiétude. Je dépasse un paquet de coureurs, je rattrape Pierre au kilomètre vingt, puis Jean-Loup, puis Nicolas. Puis Cécile nous rattrape et nous voilà à rouler tous ensemble presque comme une sortie club. On plaisante, on pédale en rythme, on avance sans effort avant que nos niveaux respectifs nous écartent inexorablement, Cécile devant, les autres derrière. Je suis Cécile 25 km de plus sans me rendre compte que j'en fais trop. On en reparlera. Kilomètre 60, dernier tronçon du col de l'Ecre. Il fait chaud chaud ; je commence à patiner. Antoine me reprend, facile, et dix minutes après Anthony, presqu'aussi bien. J'admire. Je souffre plus qu'il y a deux semaines dans cette montée au train ; la chaleur sans doute. Je rase la route à droite pour profiter de l'ombre de quelques rochers, je me vide des filets d'eau sur le crâne car la cafetière monte en température, un peu trop à mon goût. Je monte à 14km/h sur cette pente à 6%. Le cardio tutoie les 140 pulses, les sensations sont moyennes. Kilomètre 70, le sommet arrive avant que je n'ai le temps de m'inquiéter vraiment. Changement de bidons au ravito et go. Dix kilomètres plus loin, col de la Sine, un simple faux plat en fait. Mon coup de pédale n'est plus si net. Tout à coup c'est la crampe ! Merde ! La cuisse droite, violente, douloureuse. Je ralentis, je gère tant bien que mal. Jamais eu ça en vélo. Pourquoi ici ? Pourquoi si tôt ? Le stress ? La chaleur ? Quelques kilomètres plus loin, rebelote, le même muscle, l'intérieur des quadris... l'autre cuisse cette fois! Merde ! Voilà donc la course qui commence. Fini de rire mon ami, me dit-elle. Tu ne m'auras pas comme ça garçon ! Il va falloir que tu viennes me chercher ! Compris ma belle, compris. Tu n'es pas de celles qu'on prend à la hussarde. Il faut te faire la cours, de petits pas en petits pas, te rassurer pour assurer ! Quelques kilomètres plus cléments me remettent sur les rails mais voilà mon tendon d'Achille droit qui se met à couiner, gênant d'abord, douloureux bientôt. Bonne idée de se réveiller maintenant l'enfoiré ! Les voyants passent peu à peu au rouge.
Que dire de la suite ? Pas tout à fait un calvaire, pas tout à fait non... un drôle de truc tout de même... Kilomètre 100. Une immense fatigue me tombe sur le râble. Je rêve de poser le vélo, de m'étendre à l'ombre, de dormir, de DORMIR, oui ! J'ai très peu dormi la nuit dernière, trois petites heures incertaines minées par le stress, perturbées par les ronflements de Pierre ; le manque de sommeil me rattrape. Pas question de s'arrêter pourtant, pas maintenant, pas déjà ! Je me mure dans ma bulle, j'arrête de penser, je pédale comme un automate tentant de ne pas regarder ni mon compteur ni les concurrents qui maintenant me doublent, nombreux, faciles les salauds. Kilomètre 125. Le plus dur est fait : j'attaque quarante kilomètres de descente bienvenus. A chaque relance toutefois mon tendon d'Achille m'élance durement. Je sais que je bouclerai ce putain de vélo mais le marathon sent le pâté. Une telle douleur ne pardonne pas à pied. Je chasse cette idée de ma tête. Une chose après l'autre. Patience... Derniers kilomètres de descente. La tête me tourne et je prends les virages avec une prudence de vieux con. Me voilà sur le plat : encore quinze kilomètres face à une légère brise qui me fait l'effet d'un mistral teigneux! C'est dur. Un petit groupe me dépasse. Je m'efforce de rester au contact, quelques mètres derrière eux, profitant de l'aspiration. Ça tient, ça soulage un peu. Enfin, voilà la Prom. Je devrais en sourire mais non, je grimace, même là, les dents serrées. A deux cents mètres du but, voilà Stéphane qui me rejoint : il a de la ressource l'ainé ! Je pose le vélo après 6h18 en selle, sept de moins qu'il y a quinze jours malgré tout. J'ai repris 75 places. La performance est respectable mais elle m'a coûté un prix qui n'est pas rien.

Il est près de 14h30. Le ciel est d'un bleu délavé, le soleil cogne comme s'il avait quelque chose à nous faire payer. Je suis épuisé, plus que je ne l'ai jamais été, sur un terrain de sport ou ailleurs. Dans un monde normal, l'idée de se lancer sur un marathon à cet instant précis ne prendrait même pas corps. Mais je suis ici, je suis maintenant, je suis entré dans un continuum dont on ne s'échappe pas comme ça, un truc qui me dépasse : je ne m'appartiens plus. L'idée d'en rester là qui devrait s'imposer n'ose même pas s'esquisser. Je récupère mon sac Run donc et je trouve refuge dans une grande tente à l'abri du soleil. Je m'écroule sur une chaise, la tête entre les mains une minute, deux peut-être avant de me ressaisir. Alors, un geste lent après l'autre, j'entreprends de muer : je tombe le casque, les gants, le cuissard, le maillot, je m'enduis de crème solaire, j'enfile short, singlet, casquette, runnings ; me voilà transformé en coureur à pied. Et étrangement j'aime ça. L'habit fait le moine, oui. Je suis sur mon terrain maintenant, la course est mon plaisir, ma part d'enfance qui ne m'a jamais trahie. Ca va passer, oui, c'est écrit, j'y crois dur comme fer ! Je bois abondamment, je grignote un reste de barre énergétique. Je suis bien, je m'élance.
Ces douze minutes de transition, une éternité (le 2000ème temps !), m'ont fait un bien fou. La fatigue s'est envolée, la douleur au tendon d'Achille avec elle, les crampes sont un mauvais souvenir : j'ai du faire un mauvais rêve. Je pars vite, trop vite, encore une fois. Trompé par mon matériel d'amateur, je suis à douze à l'heure quand j'avais prévu onze. Il me faudra dix kilomètres pour m'en rendre compte. Mais peu importe pour l'instant car je passe les vingt cinq premiers kilomètres à sourire, à galoper régulièrement, sans souffrance, profitant des copains que je croise le long de la Promenade, passant goulument sous les douches disposées ci et là, avalant un gel tous les cinq kilomètres avec appétit, un petit morceau de banane, un quartier d'orange avec plaisir, profitant de la course, laissant même trainer mon regard sur quelques jolies concurrentes. Je double des coureurs par dizaines (je reprendrai 250 places au total sur la cap), beaucoup d'entre eux qui marchent déjà, d'autres allongés sur le bas coté à l'ombre, ou en plein cagnard, les bras en croix, d'autres encore, la Croix Rouge à leur coté, qui sans doute ne repartiront pas. J'ai rattrapé Stéphane après dix kilomètres et je l'ai dépassé sans coup férir. Merde, on ne peut pas laisser les anciens au pouvoir pour l'éternité quand même ? Kilomètre vingt. Breaking news, c'est Didier que je vois sur le bas coté ! Il s'étire appuyé à un palmier pour faire passer des crampes. Stupéfait je m'arrête ; il me crie de continuer, que tout va bien. Merde, il m'avait mis trente minutes à Calvi le mois dernier sur une course deux fois moins longue et voilà qu'il cale ici. Il avait l'air serein toutefois, il devrait repartir. Pas du genre à lâcher. Et moi, même pas mal, gai comme un pinson, bêtement optimiste, inconscient. Le soleil peu à peu se voile, le vent reste au stade de la brise marine, les conditions deviennent presque agréables. Ce n'est que ça finalement un Ironman ? C'était bien la peine de faire tout ce foin !

RR Christophe B à Nice

« La course démarre au 20ème kilomètre du marathon » m'avait envoyé Pierre par SMS hier du haut de ses dizaines d'Iron au compteur. Il racontait n'importe quoi ! Pour moi c'est au vingt cinquième ! Car les crampes soudain s'installent aux quadris des deux cuisses : elles ne me lâcheront plus, une morsure à chaque foulée, répétée et encore répétée. La fatigue revient aussi, décidée, lourde, ambitieuse. Je suis là où je voulais être ; je donnerais beaucoup pour ne pas l'avoir voulu pourtant ; je paierais encore plus pour être ici et pas ailleurs en fait. A quoi penserais-je au crépuscule de ma vie ? Au sourire lumineux de ma fillette, à l'amour de ma p'tite Mum, à la sagesse de Père, à la magie de ma première étreinte, aux grands et durs moments qui ont fait de moi un homme. Je penserai à des moments comme celui-ci, des moments qui nous défont, des moments qui nous font. Alors, en dépit de la souffrance, je regarde, j'écoute, j'enregistre, sensations, émotions, couleurs, odeurs, exclamations, regards. Je m'accroche à tout, à l'encouragement d'une vieille dame assise toute seule à l'ombre sur l'herbe, trompant sa solitude sans doute au contact de cette multitude agitée, je m'accroche à la foulée hésitante du concurrent qui me précède, au ravito que j'aperçois au loin et durant lequel je m'autoriserai à marcher quelques pas, au sourire d'une bénévole plus jolie que les autres, à la forme biscornue et presque déjà familière d'un palmier rabougri. Dernier tour, dix kilomètres encore. Je croise Marco qui en finit, une heure avant moi donc. Lui, le coureur à la foulée aérienne que j'admire sur la piste chaque mercredi, chancelle, à droite, à gauche, rasant les barrières, tel un pantin malmené par un enfant maladroit. Il va chuter, j'en suis sûr, oui, non, il se reprend. J'aperçois son visage défait, l'espace d'une seconde, je lui hurle un encouragement, j'entends dans mon dos le speaker crier son nom. Il y est ! Je suis heureux pour lui ; je l'envie d'en finir.
Les kilomètres s'étirent lennnnnnnntement. Je croise Cécile maintenant, qui marche, à moins d'un kilomètre de l'arrivée. Ouh la la, si elle aussi... J'en tremble. Je sais pourtant que je vais finir et l'émotion me gagne. Je la repousse, nous n'en sommes pas là. Rester dans l'action, rester dans l'instant, mètre après mètre, seconde après seconde. Ne pas se disperser. Au bout de la promenade, au niveau de l'aéroport, c'est le dernier demi-tour sur un sol inégal. Je le prends avec des précautions de vieillard de peur de provoquer la crampe ultime, celle qui me mettra au tapis. Ça passe. Quatre kilomètres. J'entend une voix derrière moi : « Je crois qu'on à le droit de finir ensemble, non ? ». Incroyable, Stéphane est revenu à ma hauteur ! Moi qui croyais l'avoir lâché ! Il est juste increvable ! Trois kilomètres, deux kilomètres et demi. Nous courrons cote à cote. Je creuse un puits de souffrance qui a du atteindre les roches du quaternaire. Stéphane me sent en perdition et ralentit ; la classe. Deux kilomètres du but. Je lui dis d'y aller, impossible de suivre sa foulée pourtant pas impériale ; il a bien mérité de me mettre minable. Je le vois se détacher ; c'est à la fois dur et c'est un soulagement car je reprends mon rythme de sénateur cacochyme. Dernier kilomètre. La musique, la voix du speaker me parviennent. L'arche blanche est bien visible droit devant, si près, si loin merde ! Cinq cent mètres. La foule devient compacte derrière les barrières, le bruit, les visages qui défilent, des mains qui se tendent sur le coté, l'air se fait rare, le temps se rétrécit. Cent mètres. J'accélère pour finir en beauté, j'allonge la foulée et mes jambes indulgentes me passent cette tocade. Ca crie tout autour, le tapis bleu sous mes pieds, le vent de la course enfin sur mon visage, un sanglot qui monte dans ma gorge, une émotion puissante, des larmes que cachent mal mes lunettes de soleil, une sensation qui ne ressemble à rien de connu, ni joie, ni bonheur, ni souffrance, mais un truc nouveau qui me soulève, qui m'écrase, qui m'hallucine. Un flash. La ligne, enfin que je franchi en me tenant la tête dans les mains, incrédule, ligne derrière laquelle je titube me demandant ce qui m'arrive. Quatre heures quatre minutes pour le marathon. Douze heures et vingt et une secondes au total. 881ème. C'est fait.

RR Christophe B à Nice

Cinq jours plus tard je boucle ces lignes.
Les dernières courbatures ont disparu hier, j'ai repris mon poids d'avant course, j'ai retrouvé le boulot dès mardi, j'ai avalé deux cheeseburgers, j'ai descendu quelques bières en regardant du foot avec les copains. Ma vie a repris l'apparence de la normalité. Cette foutue course est finie mais le sera-t-elle vraiment en jour ? J'ai cru la posséder mais c'est le contraire bien sûr qui s'est produit. Mon esprit souvent s'échappe. Je l'observe qui reeeeefait le match, à sa manière, désordonné, réécrivant déjà l'histoire, en gommant la part d'ombre. Il oublie presque déjà la sombre obsession des cinq cents heures d'entrainement de la saison, ces départs à l'aube pour aller nager, ces sorties vélo interminables dans la bise cet hiver, ces séances de piste terminées le c½ur au bord des lèvres, ces soirées solitaires dédiées à la récup plutôt qu'aux amis, qu'aux amours. Il oublie la souffrance en course, le découragement, les faiblesses. Il tente de faire de moi un héro de comic books à la souffrance souriante. Il transforme mon trophée en médaille sans revers. Car surtout, oui surtout, il ne pense qu'à une chose : me faire replonger ! L'enfoiré !
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#Posté le lundi 02 juillet 2012 03:36

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